Dans les coulisses du dossier numérique de l’exposition « Quand la peinture était dans les livres »

Parmi les nombreuses personnes impliquées dans l’élaboration de l’exposition Quand la peinture était dans les livres, Josepha Guiteau, étudiante en Master 1 Recherche en Histoire de l’art moderne à l’université Toulouse Jean-Jaurès, a mis en pratique ses compétences pour la construction et la mise en ligne du dossier numérique éponyme, sous la direction et en collaboration avec les commissaires de l’exposition Magali Vène et Aurélia Cohendy.

Ce dossier scientifique complète les informations du catalogue Toulouse Renaissance publié par le musée des Augustins aux éditions Somogy dans lequel se trouvent des essais sur l’histoire de la peinture, de l’enluminure et de l’imprimerie, ainsi que quelques notices consacrées aux ouvrages les plus importants.

Josepha Guiteau se prête aujourd’hui à l’exercice de l’interview pour nous expliquer sa démarche et l’élaboration du dossier pendant ses quatre mois de stage à la bibliothèque.

L’équipe Rosalis – Peux-tu nous expliquer ce qu’est ce dossier numérique ?

Josepha Guiteau –  J’ai effectué ce stage de quatre mois dans le but de construire in extenso ce catalogue numérique lié à l’exposition. Le dossier se veut exhaustif pour la production enluminée à Toulouse entre 1450 et 1535 : il permet ainsi, en suivant le parcours de l’exposition de la Bibliothèque, d’accéder à des notices descriptives illustrées non seulement pour toutes les œuvres exposées (une cinquantaine) mais aussi pour celles qui n’ont pas fait le voyage jusqu’à Toulouse et sont conservés dans des bibliothèques du monde entier ou des collections privées. En tout on arrive à une centaine de documents. Lorsque les manuscrits ont été intégralement numérisés leur feuilletage est possible. Ce dossier permet donc un rayonnement important de l’exposition au-delà de la ville de Toulouse et de la durée de la manifestation.

ER – Comment t’es-tu emparée de ce chantier ?

JG – Dans un premier temps, il a fallu que je m’imprègne de la thématique portant sur la production de manuscrits enluminés et de livres imprimés à Toulouse de 1450 à 1530. Étant davantage une spécialiste de l’Architecture à la Renaissance étudiée par le biais de la gravure, ce thème était nouveau pour moi. J’ai donc réalisé de nombreuses lectures en avançant progressivement d’ouvrages généraux en articles plus spécialisés afin de me constituer des connaissances solides en la matière.


Vous pourrez d’ailleurs retrouver la bibliographie consultée, au fur et à mesure des notices dans lesquelles j’indique les livres et les articles permettant d’obtenir des renseignements complémentaires sur les œuvres, les procédés techniques employés et le contexte historique de création.

Dans un premier temps, ces lectures m’ont permis de constituer un corpus d’une vingtaine d’œuvres sur les cinquante exposées, progressivement enrichi en fonction de l’avancée de mes travaux.

ER – Les visuels du dossier numérique sont d’ailleurs particulièrement de bonne qualité

JGoui, la grande qualité de ces supports visuels est le résultat la plupart du temps des travaux de numérisation effectués à la Bibliothèque. L’insertion de ces images dans le dossier numérique a été possible grâce à l’aide d’Émilie Montersino, adjoint du patrimoine.

ER – Peux-tu nous donner plus de précisions sur le travail d’une notice par exemple

JG – Le travail sur les notices a pu débuter après la sélection des œuvres et de leurs images. Afin de créer un ensemble rédactionnel homogène, j’ai suivi pour chaque exemple la même méthode de présentation et d’analyse. Toutes les notices s’articulent donc selon la même logique. Le visiteur peut alors se familiariser avec l’œuvre par une légende succincte présentant l’iconographie déployée, le titre de l’ouvrage, le lieu et la date de création, et le lieu de conservation.


Ces indications sont a posteriori complétées d’explications à travers un court essai qui est alors une invitation pour les lecteurs à approfondir le sujet. Ces commentaires sont constitués d’analyses iconographiques, stylistiques et historiques. Cette présentation générale est accompagnée d’une brève bibliographie et du lien permettant d’accéder à la version numérisée en intégralité de l’ouvrage dont est issue l’œuvre peinte ou gravée. Aurélia Cohendy a été d’un grand secours en m’indiquant des références bibliographiques ou en me transmettant des clés de lecture.

ER – Voilà donc pour la partie intellectuelle mais pour ce qui est de la « cuisine interne », l’outil informatique, étais-tu autonome ?

JG – Parallèlement à ce travail rédactionnel effectué quotidiennement, j’ai également participé à la création du dossier numérique sur le système de gestion de site WordPress. L’ossature a été conçue par le webmestre de la bibliothèque, Sébastien Gueux-Lac. Nous avons travaillé ensemble au montage, et je me suis impliquée de manière progressive dans les tâches informatiques. La simplicité d’utilisation de ce système m’a permis de rapidement prendre des initiatives. J’ai alors modifié la mise en page du dossier pour rendre l’interface plus attractive et facile d’utilisation… Vous pouvez remarquer que ce dossier numérique n’est pas seulement le fruit d’un stage de quatre mois, mais bien le résultat d’un travail collectif, au cours duquel j’ai eu la chance de compléter mon bagage scientifique et d’être formée à de nouvelles technologies.

ER – As-tu rencontré des difficultés ?

JG – Les notices étant destinées à un large public, le contenu devait donc être instructif tout en respectant un nombre de caractères réduit pour ne pas noyer le lecteur sous une masse d’informations. La difficulté rencontrée a alors été de rédiger des essais synthétiques, tout en vulgarisant un vocabulaire et des notions d’histoire de l’art parfois complexes ou indigestes.

ER – Et pour conclure, que retiendras-tu de ce travail ?

JG – L’ensemble des travaux effectués au sein de ce projet m’a permis de mieux apprécier le savoir-faire des enlumineurs et la richesse de leur art. « L’art de la couleur » autrement dit l’enluminure répond en effet à des exigences techniques et stylistiques conséquentes que j’ai le plaisir de maîtriser aujourd’hui grâce à cette immersion dans ce projet. De plus, ma perception du contexte de production artistique de Toulouse de la fin du Moyen Âge au début de la Renaissance s’est également affinée. Enfin ce stage au sein de la Bibliothèque d’étude et du Patrimoine est une expérience unique dans la mesure où j’ai pu suivre pas à pas l’élaboration d’une exposition d’ampleur jusqu’à sa finalisation dans un des lieux emblématiques du patrimoine écrit de Toulouse.

 

 

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