Toulouse Plages et Biblioplage… à la Prairie des Filtres

Du 20 juillet au 26 août, la bibliothèque de Toulouse prend ses quartiers d’été en bord de Garonne, dans le cadre verdoyant de la Prairie des Filtres. Enquête littéraire, ateliers créatifs, « speed-booking », lectures font partie des nombreuses animations proposées aux toulousains et touristes de passage durant l’été.

Ville de Toulouse, Bibliothèque municipale

Mais connaissez-vous l’histoire de la Prairie des Filtres et des manifestations plus ou moins insolites qui s’y sont déroulées ?
Non, alors remontons le temps… retour au 19e siècle.

Toulouse, connaît dès la seconde moitié du 18e siècle, une augmentation de sa population qui se confirme au 19e siècle avec l’arrivée massive d’une population rurale qui trouve refuge à Toulouse quand la terre ne suffit plus à la nourrir. Les problèmes d’hygiène et de salubrité, déjà existants, augmentent de façon importante. La mise en place d’un réseau efficient d’alimentation en eau potable devient alors essentiel pour la population.

Il faut attendre 1817 et le versement de 50 000 livres (francs-or) léguées à la ville par l’ancien capitoul Charles Laganne pour que la ville entreprenne la réalisation d’un plan d’adduction d’eau.

 

Ville de Toulouse, Archives municipales BB 283

« Je lègue à la ville une somme de cinquante mille livres, pour y introduire les eaux de la Garonne pures, claires et agréables à boire ; en un mot dégagées de toutes saletés, afin que les habitants puissent en boire toute l’année ». Charles Laganne. Portrait capitulaire. Ville de Toulouse, Archives municipales BB 283

Après plus de 3 années d’enquêtes et de débats, c’est le cours Dillon sur la rive gauche de la Garonne, qui est choisi pour l’installation du château d’eau et des équipements hydrauliques.

L’emplacement situé en bord de fleuve bénéficie à la fois de la force motrice du courant et de la proximité du Pont Neuf pouvant recevoir sous la chaussée, la canalisation de distribution d’eau. Cette dernière, devant alimenter ensuite plus de 90 points d’eau (fontaines, abreuvoirs, bornes-fontaines) répartis dans la ville. Autre élément favorable à cette installation et non le moindre, le « filtrage » naturel des eaux de la Garonne par la masse alluvionnaire


Les Nouveaux Ramiers indiqués en 1678 sur le plan de Jouvin de Rochefort, sont des formations alluviales, des îles, que le fleuve va au fil des années, agrandir ou diminuer suivant les crues. Elles formeront un terre plein appelé au 19e siècle la « Prairie des filtres ». Ville de Toulouse, Bibliothèque municipale, Lm A 24

formé au bas du mur du quai Dillon, dans laquelle sont établies des galeries filtrantes


Plan de la Prairie des filtres (1846) avec l’emplacement des filtres construits en 1821, 1827, 1829 par D’Aubuisson de Voisins (1769-1841), ingénieur en chef des mines et créateur de la première distribution d’eau à Toulouse. Ville de Toulouse, Bibliothèque municipale, La C 150371

qui alimentent le château d’eau donnant ainsi son nom à la  Prairie des Filtres.

Les travaux débutent en 1821. Le château d’eau est terminé en 1825 permettant la distribution des eaux à la grande satisfaction des toulousains.


Château d’eau dans les années 1850-1860. Lithographie de Charles Mercereau (1822-1864)


Dessiné par l’architecte toulousain Jean-Antoine Raynaud (1787-1854). Le système hydraulique a été conçu par le mécanicien Jean Abadie (1773-1846)
Ville de Toulouse, Bibliothèque municipale A-MERCEREAU (8-2)

Plusieurs galeries filtrantes sont installées en 1821, 1827, 1829, 1860 mais elles s’avèrent néanmoins insuffisantes pour répondre à la demande d’une population toujours croissante. Après plusieurs crues dont celle de 1875 qui détruit une partie des installations, ce système de distribution d’eau est progressivement délaissé jusqu’à son abandon définitif en 1913.
En 1974, Jean Dieuzaide et le Cercle des XII redonnent une seconde vie au château d’eau en y installant le premier lieu d’exposition consacré uniquement à la photographie « la Galerie du Château d’eau ».
La Prairie des Filtres devient, quant à elle, un jardin public en 1976 très apprécié des toulousain

Jardin de la Prairie des Filtres en 1977
Ville de Toulouse, Archives municipales 9 Fi 428

 

Durant toutes ces années, elle est le lieu privilégié d’événements et de manifestations diverses et variées.
Terre de pâturage, elle devient également terre de labour pour la culture des pommes de terre en 1917 et la mise en place de jardins potagers entre 1939 et 1945 pour faire face à la pénurie de produits agricoles.

Moutons paissant sur la prairie au début du 20e siècle
Ville de Toulouse, Archives municipale 9 Fi 428

Elle est également lieu d’entraînement et de parade pour les militaires

Parade militaire du 14 juillet à la Prairie des Filtres vers 1910.
Ville de Toulouse, Archives municipales 9 Fi 4626

ainsi que le terrain de jeu des premiers matchs de rugby dont la finale opposant le Stade toulousain au Stade français en 1903.

Match de rugby à la Prairie des Filtres vers 1910
Ville de Toulouse, Archives municipales 9Fi 4665

La Prairie des Filtres est également transformée en lieu d’exposition pour les foires agricoles,

Exposition agricole et son Palais à la Prairie des Filtres en 1906
Ville de Toulouse, Archives municipales, 1Fi 228

les fêtes foraines et les cirques avec l’installation du cirque Barnum en 1902.
On y joue même aux cow-boys et aux indiens avec l’arrivée en octobre 1905 du Buffalo Bill’s wild west show.

Le cirque Barnum à Toulouse (1902)
Ville de Toulouse, Archives municipales, 1 Fi 1656/1

Tipies installés sur la Prairie des Filtres lors de la venue du Buffalo Bill’s wild west show à Toulouse du 13 au 15 octobre 1905.
Ville de Toulouse, Archives municipales, 42 Fi 93

Les usages sont donc multiples, du tirage des feux d’artifices aux baloches et autres concerts,

la Prairie des Filtres sera même occupée par la fan-zone pour les matchs de la Coupe du monde de football 2018… Champions du monde !


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