A B C… c’est la rentrée !

Bientôt la rentrée, et le temps pour les petits (et les grands) de retrouver les bancs de l’école. C’est aussi l’occasion pour nous de vous proposer un focus sur l’un des genres les plus emblématiques des collections patrimoniales jeunesse de la Bibliothèque de Toulouse : l’abécédaire

Alphabet des animaux, Bernardin-Béchet, 1850
Leporello chromolithographié présentant un panorama d’animaux domestiques et sauvages.
Cet abécédaire s’inscrit dans la continuité de l’
Histoire naturelle de Buffon, publiée entre 1749 et 1804.



L’abécédaire, porteur d’une charge affective et intellectuelle forte, constitue un rite de passage grâce auquel l’enfant quitte le monde des images pour rentrer, par la lettre et le mot, dans le monde des objets, des sciences, ou des idées.

Si le genre s’est répandu partout en France au 17e siècle, et de façon exponentielle au 19e, il a fortement évolué au fil du temps dans son contenu et sa forme. De livrets courts, bon marché, peu illustrés, accessibles au plus grand nombre par le colportage, aux abécédaires luxueux, coloriés, destinés à une élite, le genre a de tout temps relevé de la culture populaire par son mode de diffusion et de la culture savante par sa vocation éducative, religieuse et documentaire.

Il permettait une transmission des connaissances, dans la lignée des écrits des encyclopédistes du 18è siècle. On trouve donc fréquemment des abécédaires sur les animaux ou les arts et métiers, deux des thématiques majeures du genre.

ABC des choses usuelles, Pellerin & compagnie, vers 1920
Les éditeurs imagiers ont diffusé largement des abécédaires entre le 18è et le 20è siècle sur tout le territoire français. On doit à l’Imagerie Pellerin, fondée en 1735, les fameuses images d’Epinal, estampes en couleurs populaires diffusées dans les villes et campagnes comme littérature de colportage. Ici l’abécédaire liste les objets du quotidien et de l’univers familier de la maison


Lorsqu’au 19e siècle, l’enseignement se structure grâce à la promulgation des lois Guizot (1833) et Ferry (1882-1883), de nouvelles méthodes de lecture et des manuels scolaires voient le jour. L’abécédaire, bien que progressivement délaissé dans les établissements scolaires, continue d’être plébiscité et manipulé dans le cercle familial.

Posséder, offrir un « alphabet » est en effet synonyme de réussite scolaire et sociale. Par ailleurs, la place essentielle de l’image dans l’abécédaire est une voie privilégiée pour sensibiliser le jeune enfant aux événements ou aux courants artistiques de son temps.

De nombreux albums déclinent par exemple l’imagerie de la guerre en écho aux conflits mondiaux dans la première moitié du 20e siècle.

Alphabet de la grande guerre 1914-1916 pour les enfants de nos soldats, André Hellé, Berger-Levrault, 1917
André Hellé auteur, illustrateur, décorateur, créateur de jouets prête son trait moderne pour l’époque – aplats de couleurs, lignes géométriques,… à cet ouvrage plus idéologique qu’éducatif. Il y met en avant les qualités de l’armée et l’engagement patriotique.


La publicité s’empare également du genre dans un contexte où le statut de l’enfant change, puisqu’il devient lui aussi une cible commerciale…

Alphabet de la Phosphatine Falières,T. Lobrichon, Chassaing, 1905
La maison Chassaing qui a développé au début du 20è siècle la production d’une bouillie à base de céréales enrichie de phosphates, a multiplié les publications (conte, abécédaire, affiches) afin de vanter les propriétés de son produit.


Dans le domaine des arts, Sonia Delaunay – fondatrice avec le peintre Robert Delaunay de l’orphisme, conçoit dès les années 1920 son Alphabet, album illustrant ses réflexions autour des correspondances entre couleurs et écriture, qui paraîtra en édition courante en 1970.

Alphabet , Sonia Delaunay, poèmes de Béatrice Fontanel, Palette, 2014


Si les abécédaires font comprendre à l’enfant, à l’aide de l’image, que les signes graphiques transcrivent des sons en mots, ils sont aussi des espaces féconds d’exploration de la typographie…

À travers leurs créations graphiques, les illustrateurs et artistes investissent les possibilités infinies de jeux autour de l’alphabet… Comme le dit l’artiste lotois Jean-Claude Loubières :

Pour pouvoir lire, il faut oublier la lettre, pour en jouer, il faut la voir

 


ABC 3D, Marion Bataille, Albin Michel, 2008

N’hésitez pas à poursuivre votre découverte des abécédaires et de l’alphabet avec le catalogue de l’exposition Letris : jouez la lettre qui a eu lieu à la bibliothèque de Toulouse de novembre 2015 à mars 2016, ou avec la page numérique dédiée mise en place à cette occasion.

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