Le manuscrit 178 a fait peau neuve à l’atelier de restauration ERASME

À l’occasion de l’animation Restaurateur d’un jour que la Bibliothèque de Toulouse propose dans le cadre du cycle Les Inattendus !, voici un petit coup de projecteur sur le travail effectué au sein de son atelier de restauration ERASME (Ensemble de Restauration et d’Aide à la Sauvegarde de la Mémoire Écrite).
Cet atelier a été fondé il y a presque 50 ans et a restauré de très nombreux livres anciens provenant des collections de la Bibliothèque de Toulouse mais aussi de celles de beaucoup d’autres bibliothèques publiques françaises. Sous la responsabilité d’une technicienne d’art du Ministère de la Culture, il suit les principes les plus actuels en matière de restauration : plutôt qu’une remise à l’état neuf du livre, on préconise aujourd’hui une démarche respectueuse de son histoire, qui se limite souvent à arrêter l’évolution des dégradations.

Ainsi, l’atelier s’est récemment penché sur le cas du manuscrit 178, qui provient de l’ancienne bibliothèque du couvent des dominicains de Toulouse, à laquelle nous avons consacré une exposition en 2016.
Ce bel in-folio, copié en 1295, contient des textes de saint Isidore de Séville (7e siècle), sobrement calligraphiés et enluminés sur parchemin. Il fait partie d’un ensemble de 10 manuscrits de grands classiques de la théologie médiévale commandés à un atelier toulousain ou albigeois par Bernard de Castanet, évêque d’Albi (1276-1308), pour en faire don à la bibliothèque du couvent des dominicains de Toulouse.

BMT ms. 178, sommaire et ex-dono de B. de Castanet (à gauche) et début du texte (à droite).

Le livre est arrivé à l’atelier en assez mauvais état : sa reliure en peau retournée sur ais (un mot ancien désignant une plaquette de bois), qui n’est pas celle d’origine mais date du 16e siècle, était très délabrée.

BMT ms. 178, plat supérieur (couverture) avant restauration

Des fragments de cuir se détachaient un peu partout, notamment sur le dos à moitié disparu. La couture sur double nerfs tenant ensemble les cahiers était à nu. Et en bas (en queue), une tranchefile (ainsi qu’on désigne le petit bourrelet tissé garnissant les deux extrémités du dos) ne tenait plus que par un fil.

BMT ms. 178, dos avant restauration.

BMT ms. 178, tranchefile de queue avant restauration.

Parce que la couture et les tranchefiles, dispositifs destinés à maintenir la cohésion de l’ouvrage, étaient menacées, le volume pouvait à terme partir en pièces en perdant des feuillets. La restauration a donc consisté d’abord à rattacher et consolider les tranchefiles, et renforcer les nerfs de couture. Puis à refaire un dos avec un papier japonais de consolidation teinté, sur lequel ont été replacés les différentes parties du dos d’origine.

BMT ms. 178, restauration du dos.

BMT ms. 178, dos restauré.

L’intérieur du livre, protégé par sa reliure, était moins abîmé mais les feuillets en parchemin ont tout de même été soigneusement dépoussiérés, gommés et mis à plat, et quelques déchirures restaurées.

BMT ms. 178, mise à plat des feuillets froissés sous plaque de fer et aimants.

Ainsi « stabilisé », ce précieux manuscrit peut à nouveau être consulté sans danger pour sa structure. Cette restauration respectueuse a permis de conserver les stigmates de sa longue histoire, qui sont parfois très significatifs : ainsi en haut du plat supérieur est restée en place l’attache de la chaîne métallique qui maintenait le livre fixé à un lutrin dans l’ancienne bibliothèque des dominicains, en application de la condition du don de Bernard de Castanet qui stipulait que ces volumes ne devraient jamais sortir des murs du couvent.

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