A l’aube sur la montagne, mélodie de Déodat de Séverac (épisode 1)

En art, une chose est nécessaire : trouver. Si l’on doit simplement refléter, c’est triste et surtout inutile
Déodat de Séverac

Déodat de Séverac (1872-1921) – Bibliothèque municipale de Céret


Des esquisses de musique, griffonnées fiévreusement sur une liasse de feuilles manuscrites ; suivies d’une première tentative de mise au clair, parsemée de ratures et repentirs, inachevée, abandonnée au profit de celle qui devait être la version finale… Qui finalement a cédé la place à une nouvelle mouture…
Puis un manuscrit de copiste, pour préparer la gravure de l’épreuve d’imprimerie, ultime étape avant la publication. Un terrible couperet, dans le cœur du compositeur Déodat de Séverac, rongé par le doute, qui n’abdique pas. Le crayon à la main, il corrige, rature, biffe, annote, tergiverse, ergote, pinaille, ressasse, rumine, épure, amplifie. Il cherche. En art, écrivait-il, une chose est nécessaire : trouver. Si l’on doit simplement refléter, c’est triste et surtout inutile.
A l’examen des documents, seul le premier jet a été autoritaire. Pour le reste…

A partir des partitions originales de la bibliothèque privée de Déodat de Séverac dont la publication a commencé et se poursuivra dans Rosalis, nous vous proposons une brève enquête en photos pour suivre le créateur en train de composer la mélodie A l’aube dans la montagne

L’Astre divin ou l’Astre Dieu ?


Le titre dévoile sans fard le programme de la mélodie : l’évocation de la lente percée de l’aube, du plus vague murmure et du frisson le plus imperceptible dans la nature ensommeillée, à l’apparition éclatante et majestueuse du soleil, dans un air saturé de vibrations chaudes et colorées. Déodat de Séverac s’est fait ici son propre parolier. Et, tout semble jaillir de concert : texte et musique. Lorsque le trait est sûr d’un côté, il l’est de l’autre. Quelque fois fois le texte tangue. Et la musique claudique.

L’angélus


En particulier cette coda, le climax de la pièce, où tout se joue. Écrite, ré-écrite. Ré-écrite encore. Apparaît un jour cette fulgurance, absente des première versions : faire retentir dans l’accompagnement au piano une explosion d’angélus, une « pyrotechnie campanaire », au moment où « paraît l’astre divin ». Dès lors, la belle trouvaille colonise la composition, en devient le point d’articulation à différents endroits, renforcée encore par l’injonction poétique à l’adresse de l’interprète :« L’angélus sommeille encore dans les clochers ».
Plus tard, les années qui suivirent, la résonance assourdissante de l’angélus se met à hanter la musique de Séverac pour en constituer un leitmotiv entêtant.

Le train


L’esprit du compositeur vagabonde souvent. Les doigts indisciplinés musardent sur le clavier blanc et noir. Par l’écoutille, s’ébauchent quelques mesures d’une nouvelle pièce Le train, transcrite à la hâte sur le cahier d’À l’aube sur la montagne.
Mais, le compositeur se ressaisit, reprend le fil de son travail sur A l’aube (douloureux?) : veiller à la forme, à la conduite dramatique, à la cohérence harmonique, à la pureté mélodique, sans noyer le sentiment… Ce Train mort-né restera en gare.

Une étude ?


« Étude ». En musique, une étude est un morceau écrit en principe pour développer la technique d’exécution. Manifestement, cette Aube sur la montagne n’est pas de cette veine-ci. D’ailleurs, Séverac ne l’entendait pas de cette oreille et reformule le sous-titre de l’œuvre en « Étude d’après nature ». Il n’y a plus d’ambiguïté désormais. C’est bien le compositeur-paysagiste qui est au pinceau et qui brosse « d’après nature », par couches harmoniques vaporeuses et chromatiques, le soleil en ascension sur la campagne lauragaise. A quelques jours de la publication, la dimension picturale de l’écriture musicale dut lui paraître assez affirmée pour se passer de la redondance du sous-titre. Imaginons-le biffer avec une secrète satisfaction « Étude d’après nature ». Beau travail, finalement ! A quelques détails près… (la satisfaction vient de s’éteindre)

A suivre…
A l’aube sur la montagne, mélodie de Déodat de Séverac (épisode 2)

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