Antoine de Lonhy et ses émules

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Le Martyre de sainte Catherine

Livre d'heures à l'usage de Rome/Toulouse (f. 163r) , Toulouse, vers 1457-1461, Bibliothèque municipale de Toulouse

L'enluminure suivante représentant le Martyre de sainte Catherine provient d'un livre d'heure réalisé aux alentours des années 1460. Ce type de manuscrit de petit format est destiné à un usage personnel permettant aux laïcs de lire et de prier tout au long de la journée. Véritable « best-seller » du Moyen Âge, cet ouvrage se développe considérablement dans la seconde moitié du 15e siècle. Généralement acquis par une élite sociale très aisée, il existe pourtant des exemplaires bon marché permettant son accessibilité à une plus large population. Dans le cas présenté, Antoine de Lonhy embellit d'enluminures de caractère élémentaire un livre d'heures appartenant à un commanditaire local de moyenne bourgeoisie. L’enluminure suivante illustre bien la singularité d'Antoine de Lonhy, qui met à profit l’apprentissage de l’art flamand dans ses œuvres. Le Martyr prend alors place dans un environnement ouvert sur une plaine verdoyante aux montagnes éloignées. La profondeur de champ est alors suggérée par un dégradé de la palette chromatique et par un traitement spécifique de la lumière. Ces techniques annoncent les prémices de la perspective qui n’est alors pas maîtrisée ici. De plus, Antoine de Lonhy excelle dans la mise en scène de ses personnages qui se distinguent dans l’image picturale, par de couleurs douces et claires au-devant de masse rocheuse plus foncée.
Cette miniature est aussi bordée de marges décoratives finement peintes, empreintes de naturalisme (grandes variétés de fleurs et de rinceaux aux opulentes volutes végétales azur et or).

ELSIG Frédéric, La peinture dans le duché de Savoie à la fin du Moyen Âge, Milan, Silvana editoriale, 2017, p. 89
AVRIL François, Un patrimoine vivant ! 10 ans d’acquisitions patrimoniales, 2000-2010, catalogue d’exposition, Toulouse, éd. Bibliothèque d’étude et du patrimoine, 2011, n°3, p. 16-17
AVRIL François, « Un nouveau témoignage de l'activité toulousaine d'Antoine de Lonhy », dans Per Giovanni Romano : scritti di amici, Savigliano : L'Artistica Editrice, 2009, p. 10-11

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La Pentecôte

Livre d'heures à l'usage de Rome (f. 116r), Toulouse, vers 1454-1461, Bibliothèque nationale de France de Paris

Le peu de miniatures illustrant ce livre d’heures indique que son propriétaire était probablement issu de la moyenne bourgeoisie toulousaine. Le parti pris « économique » du cycle d’images n’enlève cependant rien à la haute qualité d’exécution des enluminures, dont le style s’apparente aux manuscrits qu’Antoine de Lonhy réalise durant sa période bourguignonne, avant 1450. La miniature de la Pentecôte nous renseigne à nouveau sur la formation d’origine d’Antoine de Lonhy. En effet, cette peinture est marquée par une esthétique septentrionale. Le décor architectural est issu du langage gothique du Nord d’Europe présent au 15e siècle, avec des voûtes d’ogives soutenues par des arcs brisés qui reposent sur de fines colonnes. Il en est de même pour le traitement de la Vierge et des apôtres, aux expressivités calmes et toutes individualisées. Ces derniers sont également vêtus de draperies aux plis cassés, caractéristique stylistique également retrouvée dans tous les autres supports artistiques de cette période (sculpture, art décoratif, peinture de chevalet etc…).
Les marges secondaires sont toujours aussi soignées par un répertoire ornemental végétal. Cette fois-ci les volutes sont rehaussées d’or accordant une préciosité supplémentaire à cette enluminure, et par conséquent à cet ouvrage.

AVRIL François, « Un nouveau témoignage de l'activité toulousaine d'Antoine de Lonhy », dans Per Giovanni Romano : scritti di amici, Savigliano : L'Artistica Editrice, 2009, p. 11

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Recueil de sermons

Recueil de sermons de saint Vincent Ferrier (f. 1r), Toulouse, vers 1457-1460, Bibliothèque municipale de Toulouse

Cette page enluminée est la première du Recueil de sermons de saint Vincent Ferrier (1350-1416), prêtre de l'Ordre dominicain. L'importance de ses prêches effectués dans toute l'Europe a donné lieu à la réalisation de manuscrits en latin compilant ses sermons. L'ouvrage présenté en est une illustration. Il a été effectué vers 1457 peu de temps après la canonisation du Frère prêcheur dominicain en 1456 par le Pape Calixte III. Provenant du couvent des Jacobins, il illustre aussi l'importance de Toulouse pour cet ordre puisqu'il y fut fondé en 1217. La lettrine B, qui orne le début du paragraphe de ce feuillet, renferme une scène historiée représentant une prédication publique de Vincent Ferrier, peu-être celle réalisée à Toulouse le vendredi saint 1416. Antoine de Lonhy, à l'origine de cette unique décoration du manuscrit, a fait appel à toute son ingéniosité afin d'animer une scène déployée dans un espace si exigu. Une foule de personnes, en particulier des dames en habits élégants, est ainsi dépeinte, attentive et nombreuse, devant le prêcheur. Ce dernier se distingue à la fois par son habit de religieux, le scapulaire, et par sa position. En effet, du haut de sa chaire, il domine aussi bien les laïcs que ses frères. Cette scène, finement travaillée, se détache d'un fond jaune évoquant les tissus damassés particulièrement appréciés à l'époque médiévale. Antoine de Lonhy a su tout au long de sa carrière répondre aux exigences d'une clientèle variée, au sein de laquelle se trouvait cet ordre mendiant toujours très influent à Toulouse à la fin du 15 e siècle.

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La Crucifixion

Missel à l'usage de Toulouse dit « Missel Fieubet ou des Minimes », Toulouse, vers 1460-1465, Bibliothèque municipale de Toulouse

Cette enluminure illustrant le dernier épisode de la Passion du Christ fait partie d’une composition symbolique plus importante disposée sur une double-page. La Crucifixion est placée en regard d' une représentation du Christ en majesté. Ainsi, se font face lorsque le livre est ouvert et ne font qu’un lorsque celui-ci est fermé, la mort du Christ et son retour sur terre pour le Jugement dernier, la fin de sa vie humaine et la fin des temps. Dans les missels du Moyen Âge, se trouve souvent cette double représentation de la Crucifixion et du Christ en majesté, comme dans ce très beau manuscrit enluminé vers 1460-1465. L'esthétique de cette riche composition suit les principes gothiques en vigueur dans la 2e moitié du 15e siècle. Ce programme érudit a pu être commandé par l’archevêque toulousain Bernard de Rosier, pour qui Antoine de Lonhy aurait formulé ce modèle iconographique dans un missel antérieur aujourd'hui démembré. Le Maître du Missel Fieubet peut être considéré comme un maître « lonhyen » dans la mesure où sa production enluminée est très imprégnée par les compositions, la manière et le répertoire iconographique de l’artiste bourguignon. Pourtant, l'enlumineur apporte plusieurs variantes à l’œuvre originale qui témoignent à la fois des spécificités proprement locales (coloris soutenus, fond bicolore du Christ en Majesté).

LORENTZ Philippe, « Une oeuvre retrouvée d'Antoine de Lonhy et le séjour à Toulouse du peintre bourguignon », Revue de l'art, 147, n° 1, 2005, fig. 20, p. 18
AVRIL François, et REYNAUD Nicole, Manuscrits à peintures en France, 1440 - 1520, Paris, Bibliothèque nationale de France, Flammarion, 1993, p. 220, n°120.

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La Nativité

Bréviaire à l’usage de Toulouse, Toulouse, vers 1460, Fitzwilliam Museum de Cambridge

Cette œuvre enluminée fait partie d'un bréviaire, relié en deux volumes, marqué par un programme iconographique très développé. Le Maître du Missel Fieubet a exécuté une grande partie les enluminures, assisté de trois collaborateurs dont le principal, le Maître des Heures de San Marino, qui fait ses « premier pas » dans ce manuscrit. Ce goût prononcé pour les enluminures provient vraisemblablement du commanditaire fortuné à l'origine de cet ouvrage. L'identité de celui-ci demeure inconnue bien que figurent sur plusieurs pages ses armoiries, décrites par l'historien Pierre Cabau « écu d'azur à trois tuyaux d'orgue d'argent avec dans les intervalles, deux étoiles d'or et les lettres I et A du même posées respectivement l'une sur l'autre ». Les miniatures qui y sont peintes montrent une profonde connaissance de l’art d’Antoine de Lonhy avec la reprise de modèles stylistiques et iconographiques comme c’est le cas pour le feuillet suivant illustrant la Nativité du Christ. La Vierge est ainsi représentée allaitant l’Enfant, accompagnée de Joseph et d’une sage-femme en prière. Le traitement de la draperie des ces personnages en plis cassés rappelle l'esthétique lonhyenne, également perceptible à travers la toiture de chaume en ruine évoquant la culture septentrionale de l'artiste. Cette enluminure est aussi empreint de l'art italien comme le suggèrent l'iconographie de la Vierge donnant le sein à l'Enfant et le motif de Joseph assit sur la selle de l’âne toutes deux originaires d’outre-mont. Ces représentations sont alors peu communes en France mais trouvent plusieurs occurrences dans le milieu provençal du 15e siècle que Lonhy a peut-être fréquenté avant 1454. Le Maître du Missel Fieubet est l'auteur de cette illustration complexe de la Nativité que le Maître des Heures de San Marino formule à son tour dans un livre d'heure. Ces exemplaires s'inscrivent dans l'héritage formel lonhyen et semblent être le reflet d’une œuvre toulousaine perdue de l’artiste bourguignon.

NADAL Émilie, « Nouveaux fragments d’un bréviaire toulousain conservé à Cambridge (Fitzwilliam Museum, ms. 2-1958, vers 1460) », Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France, 2015, t. LXXV, p. 192-198
AVRIL François, Les manuscrits à peinture en France 1440 - 1520, Paris, Bibliothèque nationale de France, Flammarion, 1993, p. 219-220.

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La Pentecôte

Extrait du Bréviaire à l'usage de Toulouse, Toulouse, vers 1460, Bibliothèque municipale de Toulouse

Cette illustration de la Pentecôte se présente aujourd'hui sous la forme d'un fragment détaché du manuscrit auquel il appartenait. Cette volonté de privilégier l'enluminure indépendamment de son contexte est une pratique des collectionneurs du 19e siècle, qui ont mutilé de nombreux ouvrages anciens. Ce fragment a été récemment découvert aux côtés de cinq autres feuillets isolés partageant les mêmes caractéristiques stylistiques. Ces six extraits viennent d'être légués à la Bibliothèque municipale de Toulouse. Les études codicologiques et formelles dont ils ont fait l'objet ont permis d'identifier le manuscrit auquel ils appartenaient. Ils enrichissaient à l'origine le programme iconographique très développé d'un Bréviaire toulousain aujourd'hui conservé au Fitzwilliam Museum de Cambridge. Cet ouvrage, réalisé à Toulouse vers 1460, est le fruit de la collaboration de cinq enlumineurs. L'intervention du Maître des Heures de San Marino est attestée dans la décoration de la miniature présentée. Le traitement du visage de l'apôtre situé à gauche de la Vierge reprend en effet la manière de cet artiste. Le schéma iconographique choisi pour la représentation de la Pentecôte s'inspire du modèle proposé par Antoine de Lonhy pour un livre d'Heures contemporain au bréviaire. La préciosité générale conférée au feuillet, à travers une ornementation détaillée et une iconographie soignée rappelle l'art lonhyen. Le Maître des Heures de San Marino et le Maître du Missel Fieubet auquel revient la grande majorité des enluminures, participent à l'embellissement du bréviaire en appliquant le répertoire pictural d'Antoine de Lonhy dans leurs compositions.

AVRIL François, Les manuscrits à peinture en France 1440 - 1520, Paris, Bibliothèque nationale de France, Flammarion, 1993, p. 219-220.
NADAL Émilie, « Nouveaux fragments d’un bréviaire toulousain conservé à Cambridge (Fitzwilliam Museum, ms. 2-1958, vers 1460) », Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France, 2015, t. LXXV, p. 192-198

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Antoine de Lonhy et ses émules

Artiste polyvalent (enlumineur, peintre et verrier), Antoine de Lonhy a eu une carrière itinérante. Formé en Bourgogne vers 1440 au contact du nouveau style flamand, il travaille pour des dignitaires proches du duc Philippe Le Bon. Pour des raisons inconnues, il s’installe à Toulouse avant 1454, date à laquelle il exécute les peintures murales de l’église de la Dalbade. Il fait aussi plusieurs déplacements à Barcelone où il découvre la peinture expressive de Jaume Huguet. En 1461, il quitte définitivement le Languedoc pour le Piémont où se déroule, jusque dans les années 1480, la dernière étape de sa carrière.

Six manuscrits peints par Lonhy lors de son séjour toulousain sont aujourd’hui connus. Il travaille pour Bernard de Rosier, archevêque de Toulouse depuis 1452, les ordres religieux de la ville, la bourgeoisie locale ou encore les capitouls, qui lui commandent en 1460 une enluminure (disparue) pour le livre des Annales.

Très marqué par la culture du Nord, Lonhy développe un intérêt particulier pour le rendu du paysage et de la lumière. Ses personnages, traités avec beaucoup de réalisme, évoluent dans des scènes intérieures ou extérieures démontrant sa capacité à creuser l’espace. Habillés de draperies aux plis cassés, dans une gamme chromatique privilégiant les roses, les bleus ou les verts, ils expriment des émotions retenues.

Actif à Toulouse pendant presque une décennie, Lonhy a exercé une influence profonde et durable sur les artistes locaux, comme le montre la production de plusieurs enlumineurs toulousains, en particulier le Maître du Missel Fieubet actif autour de 1460.