Enlumineurs des annales des Capitouls

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Frontispice et page de titre

Livre II des Annales manuscrites de Toulouse (f. 1v-2), Toulouse, 1535, Archives Municipales de Toulouse,

Cette double page introductive du Livre II des Annales manuscrites de Toulouse précède toutes les chroniques rédigées de 1532 à 1568 par l'historiographe de la ville. Ces témoignages dressent chaque année la liste des capitouls et les faits marquants de leur administration. Chacune des chroniques est illustrée d'une œuvre enluminée présentant généralement l'assemblée capitulaire. Cette entreprise littéraire et artistique, financée par les capitouls, avait pour ambition de construire et d'entretenir l'identité urbaine de la ville en revendiquant ses privilèges, la noblesse de ses hauts dignitaires et le prestige de son histoire. C'était aussi une auto-célébration adressée à la postérité. En 1535, l'artiste lyonnais Charles Pingault est sollicité par les capitouls pour réaliser cette page de titre et ce frontispice au répertoire antiquisant. Le portrait de Tholossa, allégorie de la ville, est présenté de face dans un médaillon doré, couronnée d'une coiffe d'inspiration ionique. Cette composition évoque à la fois l'iconographique antique et l'orfèvrerie gallo-romaine. D'autres éléments renvoient aux décors antiques comme les putti, les candélabres, les trophées d'armes et les rinceaux habités qui animent les encadrements. Cette volonté d'afficher un vocabulaire ornemental prestigieux et d'associer sur les premières pages du Livre des Annales les armes de la ville et le portrait de "Tholossa" sont des procédés propres aux hommes de la Renaissance pour asseoir l'ancienneté et la grandeur passée de la cité tout en servant leurs intérêts politiques modernes.

DEBUICHE Colin, « Les artifices du passé. Antiquité et mythes urbains de la Palladia Tolosa au XVIe siècle », L'artiste et l'antiquaire, l'étude de l'antique et son imaginaire à l'époque moderne, Picard, Paris, 2017, p. 31-50.
MESURET Robert, Les enluminures du Capitole de 1205 à 1532, Toulouse, Toulouse imprimerie régionale, 1955.

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Portraits des capitouls et « La Justice »

Livre I des Annales manuscrite de la ville de Toulouse (chronique 181), Toulouse, 1504, Archives municipales de Toulouse

L'enluminure suivante illustre la chronique 181 du Livre I des Annales manuscrites de la ville de Toulouse, relatant l'élection des huit capitouls de l'année 1503 et les événements marquants de leur administration Ces derniers sont placés sous l'autorité de la Vierge, qui glaive et fleur de lis en mains, est présentée comme une garante de la Justice. Leur portrait répond à des codes iconographiques précis permettant de les identifier. Les armoiries associent leur noblesse et sont utilisées comme un deuxième moyen d'identification dans la mesure où elles permettent de lier un visage à une famille. Les magistrats sont représentés en plein exercice d'une de leurs fonctions puisqu'ils s'apprêtent à juger Nicolas Clotas et de Bernard de Bordeval accusés d'avoir assassiné un Breton. Cette composition est due à l'artiste Laurent Robini qui orne les Annales de Toulouse de 1486 jusqu'en 1510. Cette longue contribution à l'embellissement du « Livre des Histoires » lui vaut de la part des capitouls le titre d' « ystoriayre », c'est-à-dire de peintre d'histoire.

BORDES François, Formes et enjeux d’une mémoire urbaine au bas Moyen Âge : le premier « Livre des Histoires » de Toulouse (1295-1532), thèse de doctorat sous la direction de Michèle Fournier, Université de Toulouse-Le Mirail, 2006.

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Les portraits des capitouls et Moïse sur le Mont Sinaï

Cartulaire de Jean Balard, Toulouse, 1560, Archives municipales de Toulouse

Cette peinture prend place au sein d'un recueil de titres de la Ville de Toulouse, exécuté à la demande des édiles municipaux de 1559-1560. Rédigé par Jean Balard, premier archiviste de la maison commune, ce manuscrit renferme, inventorie et assure la conservation des titres et des privilèges, parfois très anciens, touchant la ville. Ce registre est embelli par l'enluminure ci-dessous réalisée par Jean Faguelin dit Le Page. Cet artiste occupe la double charge d'enlumineur du Livre des Annales et de peintre municipal de 1555 à 1561, date à laquelle ses fonctions lui sont retirées en raison de son appartenance au calvinisme. Les huit capitouls sont représentés alignés sur un unique plan, coiffés de leur barrette et vêtus de leur habit rouge et noir. Placés respectivement au-dessus de leur tête et en partie basse, des armoiries et des cartouches permettent d'identifier les noms et les statuts de chaque magistrat. Cette composition reprend donc les codes iconographiques traditionnels instaurés depuis l'époque médiévale. La manière de Faguelin se distingue par la finesse des visages et par un recours savant aux ombrages (écus armoriés) qui crée une parfaite illusion de profondeur. Les capitouls, placés sur une estrade et devant un rideau, sont valorisés par une composition théâtrale au-dessus de laquelle figurent deux allégories et une scène biblique inscrite dans un cartouche central au décor maniériste. Ces représentations de la Justice, de la Prudence et de Moïse recevant les tables de la Loi sur le mont Sinaï renvoient au bon gouvernement et sont là pour faire valoir les vertus politiques des capitouls. Cette enluminure est souvent associée à la production enluminée des Annales étant donné qu'elle reprend les mêmes codes iconographiques et stylistiques en vigueur dans cet ouvrage.

BORDES François, Formes et enjeux d’une mémoire urbaine au bas Moyen Âge : le premier « Livre des Histoires » de Toulouse (1295-1532), thèse de doctorat sous la direction de Michèle Fournier, Université de Toulouse-Le Mirail, 2006.
PENENT Jean, Le portrait toulousain de 1550 à 1800, Toulouse, Labatières, 1987.

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L'entrée de François II, dauphin de Viennois

Livre II des Annales manuscrites de la ville de Toulouse (chronique 210, f. 9r), Toulouse, 1534, Archives municipales de Toulouse

L'enluminure ci-dessus est l'une des premières illustrations du Livre II des Annales manuscrites de Toulouse. Elle immortalise l’événement le plus important de l'année capitulaire 1533-1534, à savoir les cinq entrées royales organisées à Toulouse durant l'été 1533. La magnificence de ces manifestations a été louée par plusieurs témoins, en particulier le luxe des vêtements et autres parures des grands protagonistes.
Sur les trois peintures de ces entrées destinées aux Annales, seulement une a échappé aux destructions révolutionnaires. C'est l'artiste lyonnais Charles Pingault qui réalise cette enluminure en 1535. Le Dauphin, François II est présenté aux Toulousains par les capitouls sous un dais doré décoré à ses armes. La blancheur des pavés et l'arrière-plan fleurdelisé rappelant les tentures dressées dans les rues renvoient au soin avec lequel la ville et ses magistrats ont accueilli honorablement la famille royale. Les armoiries des édiles sont intégrées au portique d'ordre ionique qui encadre la scène et confère à l'ensemble de la composition une dimension classique. Tout le vocabulaire architectural à l'antique réside pour une première fois dans le Livre II des Annales de Toulouse.

ECLADE Michel, Images et festes des capitouls de Toulouse, Toulouse, Musée Paul Dupuy, 1990.
MESURET Robert, Les enluminures du Capitole de 1205 à 1532, Toulouse, Toulouse imprimerie régionale, 1955.

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Enlumineurs des Annales des Capitouls

À Toulouse le pouvoir municipal exercé par les capitouls de 1147 à 1789 a suscité une importante commande publique artistique : c’est une particularité unique en France.

Les capitouls ont ainsi fait appel à des enlumineurs pour illustrer les Annales ou Livre des histoires de la ville.

Ces chroniques manuscrites ont été ornées tous les ans, après les élections du 13 décembre, du portrait de groupe des édiles avec leurs armoiries, dans leur fameux costume mi-partie rouge et noir, manifestation du « droit d’image » de la noblesse capitulaire. Ce portrait est parfois accompagné de scènes religieuses ou historiques.

Toujours conservés aux archives municipales et bien que très mutilés à la Révolution, ces registres témoignent de cinq cents ans de peinture toulousaine, du Moyen Âge à la veille de la Révolution.

Les enluminures des Annales ne sont pas signées mais les comptes des trésoriers du Capitole ont livré les noms de leurs auteurs.

Pour certains, ces peintures représentent toute leur œuvre connue.

D’autres en revanche ont aussi été identifiés, par rapprochement stylistique, dans des manuscrits commandés par une clientèle privée. Ainsi en va-t-il au 16e siècle de Liénard de Lachieze, Laurent Robini et Servais Cornoualle, que l’on retrouvera plus loin dans l’exposition.

Les documents originaux des Annales sont en ce moment présentés au musée des Augustins.