Laurent Robini

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L'Annonciation

Livre d'heures à l’usage de Rome, Toulouse, vers 1495-1500, Bibliothèque municipale de Toulouse

Cette œuvre représentant l'Annonciation appartient à une suite d'enluminures illustrant cette scène biblique selon des codes iconographiques similaires. Laurent Robini, auteur de cet exemplaire, reprend quasiment à l'identique l'Annonciation de Liénard de Lachieze, réalisée quelques années auparavant. Ces deux œuvres se caractérisent par l'emploi du langage pictural renaissance notamment exprimé par la profondeur de l’espace représenté entre les colonnes antiquisantes de la galerie. La composition est ici vivante et réaliste grâce aux différents mouvements qui l'animent. Le traitement des vêtements est aussi plus délicat comme l'atteste le fin voile recouvrant les cheveux de la Vierge. Par ailleurs, le contenu des bordures répond ingénieusement au programme iconographique de la miniature puisque le lis est symbole de fécondité dans la tradition chrétienne. Cette partie est due au Maître de la devise, spécialisé dans l'ornement en marge.

DESCHAUX Jocelyne (éd.), CHARRON Pascale, LE RESTE Véronique, AVRIL François, Livre d'heures enluminé par Pèlerin Frison, peintre des Capitouls dans les années 1500, Toulouse, Bibliothèque de Toulouse, 2003, p. 70

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La Crucifixion

Livre d'heures à l'usage de Rome (f. 30v), Toulouse, vers 1490, Bibliothèque municipale de Toulouse

Cette enluminure représentant la Crucifixion décore un livre d'heures à l'usage de Rome réalisé à Toulouse vers 1490 pour un client de la bourgeoisie locale. Laurent Robini a peint l'ensemble des pages enluminées de ce manuscrit en collaboration avec le Maître à la devise tout ce change, spécialisé dans la réalisation des marges décoratives. La miniature rappelle l'un des derniers épisodes de la Passion du Christ, la Crucifixion. La Vierge Marie, dans son manteau bleu, est au premier plan aux côtés de saint Jean et d'autres jeunes femmes tandis que Ponce Pilate, gouverneur de province, est représenté auprès de plusieurs soldats et conseillers. En dépit du caractère dramatique de la scène, les proches du Christ ne semblent pas agités par de quelconques émotions. Laurent Robini s'inspire ainsi de la production picturale de Jean Bourdichon (peintre et enlumineur de la cour de France entre la fin du 15e et du début du 16e siècle) dont les personnages se caractérisent par leur manque d'expressivité. La manière de Laurent Robini se distingue par un dessin sec et des compositions mettant en scène des personnages robustes aux pommettes saillantes et aux drapés rapidement esquissés. Cet artiste insiste davantage sur le rendu de la préciosité et du luxe des costumes, en particulier ceux des représentants du pouvoir, en détaillant soigneusement les éléments de dorure sur les étoffes. D'autres maladresses picturales sont visibles dans cette œuvre. Le corps meurtri du Christ sur sa croix, à l'anatomie grêle et mal proportionnée, s'inscrit dans un environnement simplifié. En effet, le rendu du paysage est rudimentaire puisqu'il est uniquement constitué d'une succession d'aplats de couleurs qui ne confèrent pas à l'ensemble une impression de profondeur. Un seul détail architectural subsiste : un château de style gothique faisant sans doute référence à Jérusalem. L'artiste fait toutefois preuve de modernité en adoptant le cadrage resserré sur les personnages afin de susciter plus d'empathie. Cette formule est élaborée dans les peintures italienne et flamande au cours de la seconde moitié du 15e siècle.

DESCHAUX Jocelyne (éd.), CHARRON Pascale, LE RESTE Véronique, AVRIL François, Livre d'heures enluminé par Pèlerin Frison, peintre des Capitouls dans les années 1500, Toulouse, Bibliothèque de Toulouse, 2003, p. 70

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Saint Sébastien, sainte Lucie et deux capitouls en prière

Statut des tailleurs de Toulouse (f. 2r), Toulouse, 1509, Bibliothèque municipale de Toulouse

L'ouvrage dans lequel se trouve cette enluminure renferme les règles, droits et devoirs qui régissent le métier et la confrérie des tailleurs toulousains. Présentant ses yeux sur un plateau, sainte Lucie occupe une place centrale dans la composition en tant que patronne des maîtres de cette confrérie. A ses côtés se dresse saint Sébastien, le corps criblé de flèches, patron des compagnons de la confrérie. La présence de deux capitouls au premier plan rappelle leur rôle qui était de définir et de faire respecter la réglementation de ce métier. Ces derniers se situent dans l'axe d'une fenêtre ouverte sur un paysage naturel qui capte le regard. Cette recherche réaliste de profondeur, relative à la Renaissance, est associée à des éléments architecturaux gothiques qui pourraient représenter les chapelles de la Daurade dans lesquelles la confrérie se réunissait. Ces deux esthétiques coexistent uniquement dans cette œuvre-ci, puisque la production enluminée de l'artiste ne résulte autrement que du goût et des apports de la Renaissance. Cette commande souligne le lien de Laurent Robini avec le pouvoir municipal, dont il honora les services en contribuant aussi à la décoration des Annales de la ville.

DESCHAUX Jocelyne (éd.), CHARRON Pascale, LE RESTE Véronique, AVRIL François, Livre d'heures enluminé par Pèlerin Frison, peintre des Capitouls dans les années 1500, Toulouse, Bibliothèque de Toulouse, 2003, p. 70.
BOURG Alexandre (du), « Coup d’œil historique sur les diverses corporations de Toulouse », MSAMF, t. XIII, 1883-1885, p. 266 269.

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Capitouls et scènes historiques

Livre I des Annales manuscrites de la ville de Toulouse (Chronique 180, f. 14), Toulouse, 1503, Archives municipales de Toulouse

L'enluminure suivante illustre la chronique 180 de l'année 1502-1503 du 1erLivre des Annales manuscrites de la Ville. Ce feuillet enluminé formait auparavant une double-page dont il ne subsiste aujourd'hui que celle de gauche. Le programme iconographique déployé sur deux registres perpétue le souvenir de faits historiques survenues durant cette année capitulaire. L’identification des deux scènes militaires demeure incertaine mais il pourrait s'agir du siège de la forteresse espagnole de Salses, en Roussillon, réalisé par les troupes du roi Louis XII en 1502 et qui est détaillé dans la chronique des Annales. Témoins de cet épisode militaire impliquant les troupes royales, les capitouls sont d'autant plus soucieux de cet événement que Toulouse a constamment été sous la menace du puissant royaume voisin durant le 16e siècle. Place d'armes située à proximité de l'Aragon et entre deux grandes provinces françaises (Guyenne, Languedoc), Toulouse représentait aux yeux des souverains espagnols une cité stratégiquement intéressante à prendre. Suivant les codes traditionnels, les capitouls sont identifiables grâce aux armes et aux noms associés à leur portrait. Cette composition est marquée d'une esthétique à la fois traditionnelle et moderne. En effet, les colonnes prismatiques scandant la représentation des capitouls sont issues de la tradition médiévale tandis que les supports marbrées « à l'antique » encadrant le feuillet renvoient au répertoire de la Renaissance. La coexistence de ces styles est l'une des caractéristiques de la production artistique de Laurent Robini à l'origine de ce feuillet. De 1486 à 1511, il contribue à l'embellissement des Annales de la ville portant même à partir de 1495 le titre de « hystoriayre », c'est-à-dire de peintre d'histoire.

BORDES François, Formes et enjeux d’une mémoire urbaine au bas Moyen Âge : le premier « Livre des Histoires » de Toulouse (1295-1532), thèse de doctorat sous la direction de Michèle Fournier, Université de Toulouse-Le Mirail, 2006.
MESURET Robert, Les enluminures du Capitole de 1205 à 1532, Toulouse, Toulouse imprimerie régionale, 1955.

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Saint Dominique

Cette page enluminée provient d'un missel dominicain réalisé à la fin du 15e siècle pour le couvent toulousain des Jacobins.

Cette page enluminée provient d'un missel dominicain réalisé à la fin du 15e siècle pour le couvent toulousain des Jacobins. Sa décoration se développe à travers une miniature et des marges décoratives finement ouvragées. Laurent Robini, à l'origine de cette composition picturale, met particulièrement en valeur dans sa miniature saint Dominique, qui fonda en 1217 l'ordre des Frères Prêcheurs à Toulouse. Représenté à mi-corps  dans un cadrage resserré au devant d'une luxueuse tenture damassée, le saint porte l'habit dominicain blanc et noir. Il tient dans sa main gauche des fleurs de lys symbolisant la chasteté, l'un des trois vœux prononcés par ces religieux. De plus, la présence de perroquets dans les marges évoque l'éloquence de saint Dominique dont les prêches réalisés en Europe ont eu un grand succès. Hormis des lettrines réalisées par deux autres artistes, l'ensemble des décorations de cet ouvrage est peint par Laurent Robini. Son style se caractérise notamment par des visages aux pommettes saillantes et une décoration marginale à compartiments. L'ordre dominicain multiplie les commandes de manuscrits auprès des artistes actifs dans la ville. Ces derniers, dont Laurent Robini, œuvrent à leur embellissement en y intégrant des répertoires ornementaux modernes, comme les figures humaines hybrides présentes en bas du feuillet, ainsi que des procédés artistiques innovants, comme l'atteste le recours au cadrage resserré qui permet d'insister sur l'individualisation des traits et l'expressivité des figures.

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Laurent Robini

Laurent Robini est signalé pour la première fois en 1477, date à laquelle il adresse aux capitouls, avec quatre autres maîtres enlumineurs, une supplique réclamant la règlementation de leur métier menacé par le développement de l’imprimerie.

Proche du pouvoir municipal, il est chargé pendant presque vingt années consécutives, entre 1486 et 1511, de l’exécution de miniatures pour les Annales, dont trois seulement nous sont parvenues. En marge de ces travaux, il œuvre aussi pour une clientèle privée composée de bourgeois et d’ecclésiastiques, qui lui commandent la décoration de livres d’heures et de manuscrits liturgiques.

Laurent Robini fait exception par rapport à ses collègues enlumineurs en jouissant d’un statut social élevé puisqu’il est aussi notaire consulaire. Propriétaire à la fin de sa vie de maisons et de terres nobles il est l’un des artistes les plus fortunés de la capitale méridionale autour de 1500.

Peut-être formé auprès du Maître du Missel Fieubet auquel il emprunte certaines inventions, et également sensible à l’art d’Antoine de Lonhy, Laurent Robini n’a été que partiellement réceptif au nouveau répertoire renaissant introduit par Liénard de Lachieze.

Cependant, s’il privilégie les formes de l’architecture gothique et montre peu d’intérêt pour le rendu du paysage, assez rudimentaire et sans profondeur, Robini adopte volontiers la formule du cadrage à mi-corps, déjà employé par son contemporain le Maître des Heures de San Marino. Il en accentue le caractère empathique par l’élaboration de compositions dramatiques inspirées de modèles flamands.

Sa manière se définit par un dessin sec, des personnages robustes aux pommettes saillantes et aux drapés rapidement esquissés, dont certains sont rendus avec un impitoyable réalisme.