Livres imprimés et estampes

ArrowArrow
Image is not available
Theatre des bons engins

Theatre des bons engins de Guillaume de La Perrière, Paris, Denis Janot, 1539, Bibliothèque municipale de Toulouse

La double-page suivante gravée sur bois, est extraite du premier livre d'emblèmes rédigé en 1539 par Guillaume de La Perrière (1499-1554), « Le Theatre des bons engins » . Cet humaniste toulousain a participé au renouveau intellectuel de la ville par la rédaction de chroniques municipales et la publication d'ouvrages savants (Miroir Politicque, 1556) tous imprimés à Lyon ou à Paris comme en témoigne l'ouvrage présenté. Ces deux capitales de l'imprimerie en France séduisent les auteurs et les lecteurs par l'édition de livres d'une grande inventivité et technicité que les imprimeurs toulousains peinent à égaler. Cette excellence formelle est perceptible à travers le raffinement des encadrements de chaque emblème présentée sur deux pages en vis-à-vis. Le dessin de ces bordures semble pour autant avoir été conçus par des artistes toulousains avant d'être transmis et imprimé à Paris par Denis Janot. Ce livre d'emblèmes est composé à l'occasion de la venue à Toulouse de Marguerite de Navarre en 1535, cérémonie durant laquelle la version manuscrite a été offerte à la reine. L'invention de ce genre littéraire, où les images symboliques viennent à l'appui d'un texte, est attribuée à l'humaniste italien Alciat (Emblemata, 1531) qui met en scène des vertus morales compréhensibles uniquement par une élite humaniste. Guillaume de La Perrière a le mérite de diffuser plus largement cette littérature savante en employant le français. Cet exemplaire correspond à la 3e ou 4e édition de l'ouvrage, témoignant d'un succès éditorial conséquent. Il fut également traduit en allemand et en anglais

CAZALS Géraldine, « Le Theatre des bons engins de Guillaume de La Perrière », Cahiers de recherches médiévales et humanistes, 29, 2015, 271-304.
DAUVOIS Nathalie, DESCHAUX Jocelyne, L'Humanisme à Toulouse (1480-1580), catalogue d'exposition, 20 avril au 22 mai 2004 à la bibliothèque municipale, Toulouse, Imprimerie Ménard, 2004.

Image non disponible
La Fuite en Egypte

Estampe individuelle, Toulouse, 1er moitié du 16e siècle,Toulouse, Archives départementale de la Haute-Garonne

Cette gravure sur bois colorée illustre un épisode de la vie du Christ, la Fuite en Égypte, retrouvée dans la reliure d'un registre de 1547 du notaire Jean Cabassi de Grenade. Ce récit est survenu après le massacre des enfants ordonné par le roi Hérode dans la région de Bethléem selon l'évangile de Matthieu. Comme l'illustre la gravure, la Vierge Marie fuit la ville à dos d'âne avec l'Enfant Christ dans les bras, guidée par Joseph. Cette scène figure au premier plan d'une composition de format paysage accompagnée d'une sentence « Sainct Joseph espoux de Marie prie pour nous je vus suplie à la dalbde ». La prière est ainsi adressée à saint Joseph à qui une confrérie est dédiée à Toulouse à l'église Notre-Dame de la Dalbade. Celle-ci semble être représentée par l'intermédiaire de son clocher carré, dont la forme et la hauteur se distinguaient aisément dans l'environnement urbain de la ville. Cet élément architectural est reconstruit à partir de 1547 par Nicolas Bachelier et Guynot Estienne, et culminait ainsi à 87 mètres. La référence à cette église toulousaine permet de souligner le contexte d'utilisation de la gravure. Par ailleurs, la représentation de la Fuite en Egypte, dont le récit est annoncé dans les textes canoniques, est ici enrichie de trois légendes provenant d'écrits apocryphes considérés par les autorités religieuses comme non authentiques. Ces événements sont le miracle du champ de blé, la chute des idoles et le prodige des palmiers qui s'inclinent sur le passage de la Sainte Famille. Ces derniers sont rarement représentés et se sont réalisés au cours de la fuite des protagonistes. Cette composition gravée est rendue plus attractive et luxueuse par l'ajout de couleurs au pochoir qui donnent plus de vivacité aux personnages.

Image non disponible
Le roi David et le soldat Urie

Livre d'heures à l'usage de Toulouse, Paris, Simon Vostre, 1506, Bibliothèque municipale de Toulouse

Cette double page de bois gravé provient d'un livre d'heures à l'usage de Toulouse imprimé à Paris en 1506 par Simon Vostre. A la fin du 15e siècle, Simon Vostre est l'un des premiers libraires parisiens à proposer des livres d'heures imprimés susceptibles de concurrencer les manuscrits enluminés. Les presses parisiennes possèdent même le monopole de l'impression des livres d'heures, vendus par la suite à des libraires de Lyon et de Toulouse. Ces livres de dévotion personnelle se distinguent des manuscrits peints par un nombre plus important d'illustrations : près de vingt grandes images en général au lieu de six à neuf pour les ouvrages enluminés. La double page suivante illustre la grande technicité des graveurs de la capitale capables d'obtenir des illustrations sophistiquées. Le Roi David est ici représenté au premier plan, debout devant son trône, entouré de ses conseillers. La harpe à ses pieds permet, comme l'inscription "David", de l'identifier aux côtés de l'un des officiers de son armée, Urie le Hittite. La scène représentée est tirée d'un épisode du deuxième livre de Samuel dans laquelle le roi David orchestre la mort d'Urie, un soldat dévoué dont il convoitait la femme, Bethsabée, et avec laquelle il avait déjà eu une relation adultère, en l'envoyant sur le front de bataille. Cette gravure est remarquable par sa mise en scène, où la dévotion du soldat agenouillé contraste avec les figures des conseillers et du roi d'une tristesse prémonitoire, mais également par la maîtrise de la perspective. La profondeur de champ est suggérée par le dallage en damier, l'étagement des personnages et le cadre architecturé qui offre une succession de plans avec notamment, à l'arrière-plan, un arc ouvert sur une rue et des demeures qui se succèdent au loin. 
Cette composition doit également sa sophistication à la richesse des détails qui l'anime. L'étoffe du roi est ainsi majestueusement dessinée, tout comme les armures des soldats abondamment ornées. Le cadre architectural est lui aussi fastueusement décoré. On peut y apercevoir une série d'ornements issus de la première Renaissance, qualifiés d'italianismes, qui décrivent à la fois le luxe du palais de David et l'ancienneté de l'épisode. Ces ornements soulignent chaque partie des élévations, tels que les rinceaux et les feuilles d'acanthes qui courent le long des pilastres, ou magnifient des ouvrages symboliquement important, tel que le trône royal dont le fronton cintré est agrémenté de dauphins affrontés, de rosettes et d'un tympan coquillé. C'est tout un répertoire ornemental de style Renaissance qui se déploie pour servir le sens et qui contraste avec les éléments gothiques qui structurent la décoration de la page de gauche. L'emploi de cette esthétique traditionnelle est en adéquation avec une iconographie médiévale très populaire, les danses macabres. La grande technicité et la diversité des répertoires stylistiques savamment employés pour nourrir un discours et embellir la lecture démontrent l'excellence des graveurs parisiens et justifient la diffusion de leur production dans tout le royaume.

Image is not available
Saint Lizier du Couserans

Estampe individuelle, Toulouse, fin du 15e siècle, Musée Paul Dupuy de Toulouse

Cette estampe xylographique (gravure sur bois) coloriée présente dans une structure architecturée semblable à un retable, saint Lizier aux côtés de saint Sébastien et saint Roch. Ces trois saints originaires du Languedoc et de Gascogne sont particulièrement honorés par les fidèles de la ville de Saint Lizier dont les armes figurent en haut de la gravure. C'est leur pouvoir prophylactique qui est ainsi loué à travers une composition complexe dont la portée symbolique est éclairée par des prières en occitan. Ces saints dits thaumaturges intercèdent auprès de Dieu pour protéger la cité fidèle de différents maux, comme la peste et d'autres maladies graves. Ce message est mis en image à travers l'exemple de saint Lizier dont la crosse épiscopale permet le passage de la Terre vers le Ciel, du bas monde vers la Vie éternelle, de la pénitente exorcisée. Cet art nouveau et populaire de « faiseurs d'images » favorise le développement du culte christique puisque ces gravures sont alors vouées à une diffusion large auprès de la population. Ces supports de dévotion, parfois de grande taille comme c'est le cas pour cette estampe, sont également de réels outils pédagogiques destinés aux fidèles. Les analyses stylistique et linguistique de cette œuvre permettent d'attribuer sa réalisation à un atelier toulousain actif vers la fin du 15e siècle. Les rehauts de couleurs qui apportent de la vivacité à l'ensemble sont vraisemblablement peints par un enlumineur local. En raison du développement des livres imprimés, l'activité de ces artistes évolue de la peinture de manuscrit au seul embellissement de gravures.

ECLADE Michel, Images et festes des capitouls de Toulouse, Toulouse, Musée Paul Dupuy, 1990.
SERRES André, Une estampe sylographique de saint Lizier de Couserans, dans "ouserans et montagne ariégeoise, actes du XXXe Congrès d’Etudes Régionales de la Fédération Languedoc-Pyrénées-Gascogne, Saint Girons, 1976, p. 43-61.

Image non disponible
Frère Thomas Illyricus prêchant à Toulouse

Estampe individuelle, Toulouse, 1518-1519, Musée Paul-Puduy de Toulouse

Cette gravure sur bois exécutée à Toulouse en 1518-1519 a été découverte en 1940 par un libraire new-yorkais dans la reliure d'un acte notarié originaire de la région toulousaine. Elle a probablement été réalisée lors du passage du franciscain Thomas Illyricus dans le midi toulousain entre 1519 et 1521 après son pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle. Ce prédicateur itinérant était particulièrement renommé au début du 16e siècle pour le succès de ses prêches publics. C'est d'ailleurs l'un d'entre eux qui est représenté ici ; signe de la ferveur qu'il suscitait auprès de la population. Cette gravure pourrait illustrer un prêche réalisé à Toulouse lors de l'Avent 1518 ou bien lors du Carême de l'année suivante. Thomas Illyricus arrive dans la ville « monté sur un âne ». Puis, depuis sa chaire élevée place Saint-Georges, le prédicateur, identifiable par son habit de franciscain, s'adresse à des laïcs et des religieux afin de dénoncer le caractère pernicieux des jeux de cartes. Ce prêche causa d'ailleurs la ruine des « naipiers », fabricants de cartes à jouer toulousains. La ville de Toulouse est représentée par le biais d'une de ces rives jouxtée par la Garonne. Une immense tour de brique s'impose dans l'environnement urbain, étant l'un des éléments architecturaux caractéristiques de cette ville au cours du 16e siècle avec la construction de divers hôtels particuliers liés à une bourgeoisie parlementaire, édilitaire et marchande. Plusieurs clochers couronnés d'une croix se distinguent dans la composition provenant sans doute de l'église Saint-Nicolas du quartier Saint-Cyprien, et du couvent des Cordeliers avec son église. Ces prédications contribuent à diffuser la parole de Dieu, évoquée dans la composition par l'intermédiaire de deux médaillons. Le premier médaillon, positionné entre ciel et terre, surmonte la scène de prêche et présente le monogramme du Christ "IHS" élevé dans les cieux par deux anges. Le second médaillon, situé dans la partie supérieure de la gravure, est entouré des symboles des évangélistes et de saint François d'Assise, fondateur de l'Ordre des franciscains, stigmatisé et présentant une croix. La scène inscrite dans ce médaillon représente la résurrection du Christ aux côtés de la Vierge et de saint Jean. L'adjonction de couleurs sur la gravure la rend plus luxueuse et attractive et cherche à toucher davantage le spectateur, comme en témoigne le détail des stigmates du Christ.

previous arrow
next arrow
Slider

Image

Livres imprimés et estampes

Après 1530, la production d’enluminures ne disparaît pas complètement à Toulouse. Les livres des Annales des capitouls sont même peints jusqu’à la veille de la Révolution, mais cette pratique paraît désormais bien anachronique. L’histoire du livre a en effet basculé dès le 15e siècle dans l’ère de l’imprimerie, qui est indissociable de la gravure sur bois, sa technique naturelle d’illustration.

Dès 1475, Toulouse est la troisième ville du royaume de France où fonctionnent des presses typographiques. Même si la capitale du Languedoc ne devient pas un centre d’édition de premier plan, ses imprimeurs partagent et soutiennent l’élan humaniste qui anime la cité aux 15e et 16e siècles.

Mais Toulouse est surtout un marché important pour les libraires des autres villes. Ainsi, les livres d’heures imprimés et gravés, monopole de quelques familles d’imprimeurs parisiens, y sont largement diffusés et ruinent les enlumineurs, dont le métier a quasiment disparu après 1510.

Avec l’imprimerie et la gravure le livre devient un produit beaucoup plus courant que le manuscrit, et s’éloigne rapidement du milieu des peintres et des nobles « arts de la couleur ».

C’est un métier beaucoup plus humble qui se structure ensuite aux côtés des imprimeurs et des libraires : celui de coloriste.

Ces artisans sont essentiellement chargés de rehausser de touches grossières des gravures sur feuilles volantes : images religieuses ou cartes à jouer.

De cette production sans doute importante à Toulouse il reste peu de traces : ces documents à l’usage éphémère ont en effet mal traversé le temps et ont été très vite recyclés comme matériau de renfort des reliures. C’est souvent à l’occasion de la restauration de ces dernières qu’on les retrouve aujourd’hui.