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Coups de projecteur - Le Thesaurus musicus
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Le Thesaurus musicus

Le Thesaurus musicus de Montanus et Neuber, dont le présent volume propose la reliure des cinq cahiers de la voix de soprano, représente l'un des projets les plus ambitieux de toute l'édition musicale de la Renaissance. Cette anthologie de motets latins s'organise en cinq volumes rassemblant des pièces de 8, 7, 6, 5 et 4 voix, classées en ordre décroissant.

Johann Berg et Ulrich Neuber

Page de titre du 3ème livre du Thésaurus musicus
Page de titre du 3ème livre du Thésaurus musicus

Des deux éditeurs associés, c'est le premier, Johann Berg (Montanus est son nom latinisé), qui était la cheville ouvrière de l'entreprise. Originaire de Gand en Flandres, il vient s'installer à Nuremberg sans doute pour des raisons religieuses (il semble avoir été protestant). Après son mariage avec Katharina Schmid, il devient citoyen de Nuremberg en 1541 et se lance l'année suivante dans l'édition musicale, en s'associant à Ulrich Neuber. À sa mort, le 7 août 1563, sa femme continue seule l'aventure, Neuber étant parti fonder sa propre maison à cette occasion. C'est donc Katharina Schmid qui fait sortir le Thesaurus musicus des presses - le dernier motet à 6 voix, intitulé Epitaphium Ioannis Montani est une déploration de Jacob Meiland sur la mort de l'imprimeur mais il y a fort à parier que le projet, vu sa taille, était lancé depuis de longs mois.

La tradition de l'imprimerie musicale à Nuremberg

Détail de la page de titre du 1er livre
Détail de la page de titre du 1er livre

Montanus et Neuber ont été parmi les plus actifs imprimeurs en Europe, mais ils pouvaient s'appuyer sur une forte tradition locale. Nuremberg, en effet, avait accueilli avant eux Johannes Petreius et Hieronymus Formschneider, premiers imprimeurs de musique à adopter le système à caractères mobiles après sa mise au point par Attaingnant en 1528. Entre 1537 et 1539, ces deux éditeurs avaient publié plus de 300 motets, un genre favorisé également après eux par Montanus et Neuber, qui feront paraître entre autres les Sacrae Cantiones de Roland de Lassus en 1562, première publication en Allemagne du compositeur flamand récemment engagé à la cour de Munich.

Une véritable histoire du motet au 16e siècle

Timor et temor de Lassus
Timor et temor de Lassus

Le Thesaurus musicus, comprend lui aussi des œuvres de Lassus (17 en tout), notamment les deux premières pièces à 8 voix qu'il ait jamais écrites et le célèbre motet Timor et temor aux effets chromatiques novateurs. Mais le recueil, loin de ne contenir que des oeuvres nouvelles, propose un répertoire d'une très grande diversité, que ce soit sur le plan de l'arc chronologique parcouru, de l'origine géographique des compositeurs, ou de la destination liturgique des pièces réunies.

Patrem factorem de Gombert
Patrem factorem de Gombert

C'est une véritable histoire du motet au XVIe siècle que nous offrent ici Montanus et Neuber, depuis les pièces de Josquin Desprez, écrites entre 1500 et 1520, jusqu'à celles de Lassus et de ses jeunes contemporains, en passant par la génération intermédiaire des Franco-Flamands (Gombert, Willaert), des Français (Richafort, Maillard) et des Allemands, comme Ludwig Senfl ou Andreas Schwartz. En tout, ce sont 229 pièces qui sont imprimées dans ces cinq volumes, dont 63 sont à 8 voix. Les pièces écrites pour cette formation n'étant pas si fréquentes à l'époque, les éditeurs sont allés chercher, à côté des motets, des magnificats et des parties de messes. Parfois, la musique qu'ils impriment est très éloignée de Nuremberg, puisqu'on trouve dans le premier volume un Credo à 8 voix de Pierre Cadéac, compositeur actif à Auch à l'époque.

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